Home » Découvrez les dernières nouvelles sur les projets » Perspectives pour transformer les systèmes alimentaires urbains
Perspectives pour transformer les systèmes alimentaires urbains
Enseignements tirés des interventions concrètes d’AfriFOODlinks
Auteur : Esther Diaz Perez, CIRAD
Contributrice : Antonina Mutoro, APHRC
Dans le cadre d’AfriFOODlinks, les cinq villes-pôles de Cape Town, en Afrique du Sud ; Kisumu, au Kenya ; Mbale, en Ouganda ; Ouagadougou, au Burkina Faso ; et Tunis, en Tunisie, expérimentent des interventions concrètes sur les environnements alimentaires à travers la recherche participative, la co-conception et l’innovation en matière de gouvernance. Ces expériences offrent de précieux enseignements à celles et ceux qui œuvrent dans le développement urbain, les systèmes et environnements alimentaires, ou encore la transformation menée par les communautés.
Cet article s’appuie sur les principaux enseignements recueillis en 2025 par les équipes des villes-pôles chargées de la mise en œuvre de ces interventions, notamment le South African Urban Food and Farming Trust (SAUFFT) pour Cape Town, l’African Population and Health Research Center (APHRC) pour Kisumu, Rikolto pour Mbale et Ouagadougou, ainsi que HIVOS et l’Institut national de nutrition et de technologie alimentaire (INNTA) pour Tunis.
Dans les cinq villes, un fil conducteur s’est dégagé : la transformation des systèmes alimentaires urbains ne dépend pas uniquement de la pertinence des idées, mais aussi de la manière dont elles sont élaborées, mises en œuvre et pérennisées dans les contextes locaux.
1. Participation des parties prenantes
Une première leçon essentielle est l’importance cruciale de la participation des parties prenantes aux phases de conception et de mise en œuvre. Lorsque les interventions ont été co-conçues selon une approche de recherche participative, avec la participation de commerçants, d’élèves, d’enseignants, de résidents, d’associations locales et de responsables municipaux, elles ont permis de renforcer la confiance, d’obtenir des éclairages plus riches et de mieux répondre aux besoins des villes, tout en tenant compte des contextes et des réalités locales.
La co-conception demande du temps, mais elle est indispensable : lorsque les communautés et les parties prenantes participent à l’identification des problèmes qui les concernent et contribuent à élaborer des solutions ancrées dans les réalités locales, leur capacité d’action est renforcée, la mise en œuvre est facilitée et les solutions développées ont beaucoup plus de chances d’être appropriées et pérennisées au fil du temps.
2. L’importance de la Gouvernance
Une deuxième leçon est que la gouvernance est tout aussi importante que la conception technique. Les processus municipaux étaient souvent rigides ou lents, et pouvaient être affectés par le renouvellement du personnel et l’évolution des priorités politiques. Les équipes ont appris à planifier de manière adaptative, à maintenir une communication constante et à établir des partenariats flexibles, capables de s’adapter à l’évolution des contextes.
Par ailleurs, lorsque les parties prenantes étaient organisées au sein de groupes structurés, cela facilitait la gouvernance, en veillant à ce que leurs préoccupations soient prises en compte et que les décisions soient prises de manière plus cohérente et équitable.
3. La flexibilité est essentielle
La flexibilité s’est également révélée être un facteur essentiel dans la conception, la gouvernance, la coordination et les pratiques quotidiennes. Les interventions se sont rarement déroulées comme prévu : les réalités locales, l’instabilité politique, les agendas divergents et les retards opérationnels ont nécessité une adaptation continue des équipes.
Dans ce contexte, le temps s’est régulièrement imposé comme l’un des facteurs les plus sous-estimés. Les équipes ont constaté qu’une mobilisation significative, la recherche de consensus et une mise en œuvre itérative nécessitent bien plus de temps que ne le permettent généralement les cycles de projet. Des outils de suivi en temps réel et une résolution rapide des problèmes sont donc essentiels pour rester réactif et éviter des difficultés plus importantes.
Un suivi efficace va au-delà de la simple gestion logistique : il nécessite de l’écoute, de la médiation, de la motivation et de la facilitation, en reconnaissant que les relations humaines et la communication déterminent souvent la réussite d’une initiative.
4. Travailler en équipe, dans un climat de confiance et autour d’une vision commune
Dans les cinq villes, la confiance s’est imposée comme le facteur sous-jacent essentiel. Rarement visible, elle n’en demeure pas moins indispensable. Elle ne peut être imposée et ne se construit qu’à travers la transparence, le respect des engagements et une véritable reconnaissance du rôle de chaque acteur dans le système alimentaire. Une fois établie, la confiance agit comme un catalyseur, favorisant la collaboration, réduisant les conflits et facilitant la prise de décision collective.
Étroitement liée à la confiance, la nécessité d’une vision commune s’est également imposée comme un cadre directeur. Qu’elle soit exprimée dans des chartes formelles ou à travers des engagements informels, une vision partagée permet d’aligner les différents acteurs et de maintenir la dynamique malgré les difficultés. Lorsque les parties prenantes s’unissent autour d’objectifs communs, elles développent un sens plus fort de leur engagement et comprennent mieux comment collaborer efficacement. Une vision partagée agit ainsi comme une boussole pour guider les différents acteurs à travers la complexité des systèmes alimentaires.
5. Travailler avec le secteur informel, et non en marge de celui-ci
De nombreuses interventions ont été menées en collaboration avec des vendeurs de produits alimentaires du secteur informel., qui jouent un rôle essentiel dans les marchés africains et l’économie alimentaire. Repenser les marchés informels comme des systèmes centrés sur les personnes met en évidence leur valeur sociale et leur potentiel en tant qu’espaces d’interaction communautaire et de résilience. Comprendre les dispositifs alimentaires informels existants et identifier les lacunes réglementaires pouvant être assouplies afin de mieux intégrer l’informalité contribue à faire évoluer progressivement les systèmes d’exclusion vers des modèles de gestion des marchés plus inclusifs, qui reconnaissent les commerçants non agréés comme des acteurs légitimes des systèmes alimentaires.
6. Rendre vos interventions concrètes et pratiques
Un autre enseignement majeur est l’importance d’interventions concrètes et visibles.. Les villes se sont montrées beaucoup plus enthousiastes face à des projets pilotes concrets et à des améliorations physiques qu’à la recherche seule. Qu’il s’agisse de la modernisation d’un marché, d’un programme en milieu scolaire, de la création d’un jardin urbain ou de la reformulation du pain, les changements visibles ont suscité un soutien plus large et, dans certains cas, ont catalysé des investissements supplémentaires au-delà du projet initial. C’est notamment le cas à Mbale, où la municipalité a apporté des financements supplémentaires pour améliorer les infrastructures de l’abattoir.
En outre, les environnements alimentaires physiques Les transformations physiques des environnements alimentaires permettent et encouragent également des changements de comportement en faveur de pratiques plus sûres, plus saines et plus durables. Parmi les exemples, on peut citer la chambre froide de Kisumu, qui améliore le stockage et la conservation du poisson ; les comptoirs mobiles destinés aux commerçants alimentaires à Cape Town et les restaurants de rue à Ouagadougou ; les stands alimentaires modernisés dans les marchés de Mbale et de Ouagadougou ; ainsi que l’amélioration de l’accès à l’eau et à l’énergie solaire pour les vendeurs de produits alimentaires à Cape Town, leur offrant des espaces de travail plus sûrs et plus hygiéniques.
Dans les cinq villes, un même message se dégage :
La transformation des systèmes alimentaires urbains prospère lorsqu’elle est participative, flexible, fondée sur la confiance et orientée vers des changements concrets.
Lorsque les parties prenantes co-créent des solutions, que les structures de gouvernance s’adaptent et apportent leur soutien, que les investissements concrets ancrent les apprentissages et que les communautés s’approprient les solutions, le changement transformateur devient non seulement possible, mais aussi durable.